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Communication bidirectionnelle symétrique : utopie ?

Image : ici.radio-canada.ca

Un des fondements théoriques moteur de la formation des professionnels en relations publiques sont les modèles de communication bidirectionnelle asymétrique et de communication bidirectionnelle symétrique (Grunig, note 1). Dans le premier, le communicateur cherche à transmettre son message et à influencer son public cible dans la poursuite de l’atteinte de ses objectifs stratégiques.

Le second modèle, bien que plus idéaliste, vise plus une dynamique d’interinfluence entre une organisation et ses parties prenantes. C’est-à-dire que le communicateur acceptera d’adapter son message ou même sa stratégie afin de prendre en considération les préoccupations ou encore les enjeux de son public cible.

Tant dans la sphère universitaire qu’au sein d’associations professionnelles des relations publiques, le modèle symétrique est perçu et promu comme l’idéal à atteindre dans le cadre des meilleures pratiques en relations publiques.

Utopiste ou réaliste ?

Le modèle asymétrique est, bien sûr, le plus répandu, et ce tant du côté des organisations que des groupes de pression. On assiste alors ici à un dialogue de sourds où on tire à boulet rouge sur l’adversaire sans tenter de comprendre ses enjeux ou ses objectifs. Ce faisant, chacun se radicalise de son côté et toute perspective de dialogue constructif et de compromis devient caduque.

Nous en avons eu un bel exemple cette semaine avec la fuite de la stratégie de communication de Trans Canada / Edelman et la réaction épidermique des médias et des groupes de pression – lire sur ce sujet, l’excellent point de vue de Guy Versailles, publié dans Le Devoir du 22 novembre. Dans ce débat, tant Trans Canada que les groupes environnementaux sont dans une dynamique asymétrique, cherchant chacun à gagner du terrain dans la bataille de l’opinion publique.

Est-il possible, dans une société où les organisations et les politiciens gèrent à courte vue, les uns concentrés sur les fluctuations de leur action en bourse et les autres sur l’humeur du moment de l’électorat, de réellement s’engager dans une communication bidirectionnelle symétrique? Est-il réaliste de croire que toutes les parties prenantes d’un enjeu puissent se considérer sur un même pied d’égalité et non seulement comme des éponges réciproques qui doivent absorber passivement le message et l’influence de l’autre? Je continue à croire que oui… et je ne suis pas la seule.

Avec l’aide de plateformes de discussion numériques et des réseaux sociaux, il existe maintenant de réels exemples de communication bidirectionnelle symétrique. Certains sont toujours imparfaits, certes, mais l’intention derrière la communication est plus fidèle au modèle symétrique qu’asymétrique (Note 2).

1. MinesQc.com (Minalliance) : Lancé en février 2014, ce site est une initiative du fonds de communication de la filière minérale québécoise, Minalliance, qui vise à engager un dialogue avec les citoyens et à répondre à leurs questions, afin qu’ils puissent se forger leur propre opinion de l’industrie. Les questions et les commentaires sont transmis à des représentants de l’industrie, à des chercheurs et à des experts indépendants pour fournir aux citoyens du Québec des réponses documentées et transparentes. Les groupes de pression sont aussi invités à y contribuer.

2. Nos aliments. Vos questions. (McDonald’s) : Déployé à l’échelle internationale, cette plateforme de discussion de McDonald’s permet à tout un chacun de poser les questions les plus farfelues aux géant de la restauration rapide qui y répond de la façon la plus transparente possible. Résultat : la perception sur la qualité des aliments offerts a augmenté de 50 % au Canada.

En somme, je ne crois pas qu’une initiative de communication bidirectionnelle symétrique soit une utopie. Elle n’est pas fréquente mais elle est possible. Par contre, elle exige une certaine grandeur et une volonté partagée par chacune des parties prenantes de mettre en commun leurs efforts afin de faire avancer un enjeu à la satisfaction de tous. Cela implique de faire certains compromis. Malheureusement, c’est là où le bas blesse dans la plupart des cas.


En lien avec ce sujet, je vous recommande de lire « Les relations publiques autrement – vers un nouveau modèle de pratique« , publié en 2010 par Matthieu Sauvé aux Presses de l’Université du Québec. L’auteur y présente de façon très critique certains fondements théoriques des relations publiques et propose un modèle social des relations publiques. C’est-à-dire qu’au lieu de n’être qu’au service des objectifs de son organisation, le relationniste vient rallier et faciliter la compréhension et l’émergence d’un consensus entre toutes les parties prenantes. Les relations publiques jouent donc un rôle central dans le rapprochement des parties et le dénouement d’enjeux à la satisfaction de tous. (Note 3)

Modele_social


Notes :

1- Grunig James E. et Larissa A. Grunig, 1992, « Models of Public Relations and Communication, dans J. E. Grunig », Excellence in Public Relations and Communication Management, Hillsdale : Laurence Erlbaum Associates, pp. 285-325.

2- Référence Minalliance et McDonald’s : Social Media Activism by @TomLiacas

3- Matthieu Sauvé, 2010, Les relations publiques autrement – vers un nouveau modèle de pratique, Presses de l’Université du Québec.

 
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Publié par le novembre 23, 2014 dans Uncategorized

 

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